Mélancolie : Etat de tristesse vague, de dégoût de la vie, propension inhabituelle au défaitisme.

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Mélancolie : Etat de tristesse vague, de dégoût de la vie, propension inhabituelle au défaitisme.

Message  Eretria le Ven 5 Déc - 20:57

Plus de robes tristement étriqués. Plus de cheveux bêtement noués sur sa nuque. Plus de faux semblants. D'espoirs déchus. Tomber de charybde en scylla, jour après jour. C'est trop. Même une putain ne mérite pas cela. Son visage brunit par mille générations de soleil se lève vers le ciel. Son souffle prend vie dans l'air, comme autant de chimères éthérées qui naissent sur ses lèvres pour mourir aussitôt. Une existence sans but. Les lèvres rougies par le froid s'étirent en un sourire ironique.


"Laisse moi tranquille, Grande soeur!"


Eretria connait ces rues comme sa poche. Deux ans durant, elle y a vécue dans l'anonymat relatif des putains de la Cour des Miracles. Un visage parmi d'autres, des hanches qui se balancent, une main tendue pour quelques pièces, une miche de pain, une étreinte fugace. Les choses lui paraissaient complexes alors. Elles ne l'étaient pas. Survivre, baiser, manger, oublier. Recommencer.


Une boule de papier fait entendre son délicat craquement quand la Gitane crispe ses phalanges dessus. Une lettre mille fois dépliée. Mille fois lissée nerveusement sur la cuisse. Mille fois chiffonnée. Un couteau en plein cœur à chaque fois. Une lame qui déchiquette les chaires. Un réconfort venu cherché auprès de Lui. Pour le trouver avec Elle. Les regarder enlacés, leurs membres liés encore et encore. Un couple parfait, lisse, tout droit sortit d'une toile de maître. Le cœur au bord des lèvres.


La Reyne n'avait elle pas prévue? "Laissez le en paix. Il va gâcher sa vie pour vous. Ne l'approchez plus."


Eretria avait sourit, amère. Elle savait que la place serait encore chaude qu'Elle viendrait la remplacer. La chose est faite. La Gitane est lasse de ce petit jeu douloureux. Elle est à fatiguée d'être jugée et méprisée. De voir des inconnus fustiguer une âme qu'ils ne connaissent pas. Son cœur se chiffonne comme la lettre de Smeralda qu'une fois de plus elle maltraite au creux de sa main. Adieu. Adieu à elle. Adieu à lui. 


Un pas après l'autre. Les bas fonds de Paris l'engloutissent dans sa puante moiteur. 


"Je vous aiderais, si vous Le protéger".


Alors elle agit, une dernière fois. Eretria renoue avec son passé malsain pour retrouver cette drogue dont elle a parlé à la triste Reine. Ces herbes qui vous font oublier votre nature humaine pour plonger dans une léthargie réconfortante. Des bourses sont échangés sans un mot. Le petit paquet pèse lourd dans ses mains tremblantes. Elle continue à marcher jusqu'à trouver la paisible ruelle de sa jeunesse. L'odeur de chat crevé. Le sol moite de crasse. Son corps glisse le long du mur pour se prostrer sur le sol, dans sa triste robe écarlate. Rouge comme le sang. L'odeur de menthe lui soulève le coeur, mais elle y plonge le nez pour inspirer longuement, dépose un peu de drogue sur sa langue, avale sa salive poissée. 


"Je ne veux plus que tu m'écrives, grande soeur"


Ses paupières s'abaissent. Douce torpeur qui l’entraîne dans ses bras glacés. L'oubli s'empare de son âme, pour quelques heures au moins. La mort serait une douce délivrance. Pour ne plus sentir la souffrance. Pour oublier le chagrin. Pour retrouver sa douce jeunesse et les sourires de Smeralda.
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