[RP]Je suis Marie !

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[RP]Je suis Marie !

Message  Marie le Ven 10 Avr - 18:23

Il était une fois l'histoire d'une petite fille qui va rencontrer l'homme qui changera sa vie...

De la boue, de la misère toujours plus noire, de la haine, de la violence, la faim et la peur constante, voilà le quotidien à la ferme Bernier. Je me souviens de mon arrivée là-bas. J'étais heureuse, véritablement heureuse. J'avais enfin des parents, des parents rien qu'à moi, des parents qui m'aimeraient et me chériraient. J'avais aussi quatre frères et deux soeurs plus âgés. Une famille, oui c'est cela, pour la première fois j'avais une vraie famille. Oh j'en ai eu une autre une fois, ma véritable famille, une vraie mère, un vrai père et peut-être même des frères et soeurs mais mes souvenirs sont trop flous pour que je m'en souvienne.

Je me souviens juste d'un froid intense suivi d'un réveil dans une chambre commune remplie de lits identiques et d'enfants tout aussi identiques. Mais où suis-je ? Où est maman ? J'aurais aimé crier quand la panique s'empara de moi mais aucun son ne sortit de ma gorge. Avais-je déjà crié ? Ou dit à mes parents que je les aimais ? Avais-je taquiné mes éventuels frères et soeurs au détour de jeux enfantins ? Avais-je déjà rit ? Oui bien sûr que j'ai déjà ris, mais ai-je déjà rit aux éclats ? C'est possible mais je ne m'en souviens pas. Je ne suis qu'une petite fille de deux ans, perdue et effrayée dans cette grande chambre sombre, entourée d'enfants qui me scrutent, me dévisagent avec curiosité, me touchent du bout des doigts comme pour s'assurer que je suis réelle. Suis-je réelle finalement ?

Les mois passent et un couple de gentils marchands s'arrêtent sur moi. M'habituerais-je un jour à me tenir droite dans la cour, en ligne aux côtés de mes camarades en attente d'une famille ? Probablement jamais. Je n'aime pas être regardée de la sorte, je ne suis plus une petite fille, je suis un animal de foire. N'est-ce pas l'un de mes nombreux surnoms ici ? Je commence à la croire alors qu'on s'assure que mes yeux soient comme il faut, que mes dents soient correctes et mes joues suffisamment roses pour que cette belle dame veuille de moi. Elle dit chercher une petite fille blonde mais que je suis un peu trop âgée à son goût, mais que lasse d'attendre le parfait bébé, je ferais bien l'affaire. Alors on m'emmène, puis on me ramène. "Elle ne parle pas. Pas un mot ! Que voulez-vous que je fasse d'une muette ? Au mieux elle sera l'idiote du village et moi j'en serais la risée. Trouvez-moi une enfant normale si ce n'est pas trop demandé !" Le ton était donné. Je ne suis pas normale. Je suis l'idiote du village, la bête curieuse, le monstre de foire...la muette.

Avais-je déjà eu un autre nom que ceux-la ? Je ne sais plus. Je  crois me rappeler que l'on m'avait nommée Jeanne, quelque-chose comme ça, mais c'est je ne suis pas certaine.
Et puis un jour, un jour semblable aux autres dans cet orphelinat où les enfants ne faisaient que passer quand moi je restais, un couple de fermiers s'arrêta sur moi. Je priais pour qu'ils m'adoptent, qu'ils m'emmènent loin d'ici, loin des tourments puérils que je pouvais connaître. Quatre ans que je suis ici et je n'avais pas le moindre ami. Je n'étais qu'un sujet de moqueries rien de plus. Si seulement je pouvais parler... Combien de fois avais-je ouvert la bouche vigoureusement mais les mots restaient dans ma tête. Après une énième représentation, c'est moi qu'ils choisirent ! Moi !

Je devenais officiellement Jeanne Bernier, enfin je crois. Je ne sais ce qu'il y a d'écrit sur mon acte de naissance et d'adoption, je ne sais pas lire. C'est inutile de toutes façons puisque l'on m'a d'abord appelée la Muette. La ferme n'était pas bien grande, ma paillasse non plus, mais je m'en fichais, j'avais une famille à moi. Mes parents étaient gentils, ma nouvelle mère semblait aimante avec ses yeux clairs, ses cheveux d'un roux délavé tirés en arrière quant à mon père, sa bonhomie me mettait en confiance. Je me sentais protégée. Je ne parlais pas mais ils s'en fichaient. Puis le lendemain je m'étais réveillée...

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Re: [RP]Je suis Marie !

Message  Marie le Ven 10 Avr - 18:28

Les coups ont achevé de me ramener sur Terre, les insultes et les brimades également. Je n'étais plus La Muette, mais La Débile. Mes frères et soeurs travaillaient aux champs mais j'étais encore trop jeune, je devais attendre mes sept ans, alors en attendant je m'occupais de l'intérieur, de la cuisine. Ce que j'aurais voulu aller aux champs avec eux. Je les voyais épuisés, brisés par le travail alors qu'ils n'avaient qu'une petite dizaine d'années. Mais là-bas on n'était pas battu...
J'eu d'autres frères et soeurs au fil des années, mes aînés partaient subitement ou ne résistaient pas aux hivers trop rudes, aux étés trop étouffants ou à la faim.

Et un jour j'ai eu douze ans...Marguerite ma soeur aînée me réveilla en sursaut. " Vite la Pipelette, lève-toi ! Il faut te laver et nettoyer ta paillasse !" C'est une Pipelette encore ensommeillée qui la regardait avec stupeur. Marguerite avait toujours été gentille avec moi, j'aurais voulu une mère comme elle, mais elle n'avait que quinze ans et toute aussi perdue que moi. Son ventre était tout rond pourtant elle avait encore la force de m'aider. Je ne comprenais pas ce qu'elle avait. Le jour était tout juste levé, j'avais encore droit à quelques minutes de sommeil. Pourquoi me réveillait-elle ainsi ? Du sang ! Allais-je mourir ? Prise de panique, je me mis à pleurer et elle me réconforta. " Ce n'est rien ma jolie, c'est normal, ça veut dire que tu grandis. Mais vite il faut nettoyer. Il ne faut pas que le père le sache. Tu fais attention et tu vas nettoyer tes jambes avant de le voir. A l'eau très froide." J'avais obéis sans comprendre.

Le père n'en vit rien les deux premiers mois, Marguerite y veillait. Puis Marguerite nous quitta avec son bébé qui refusait de sortir...
Et le père se rendit vite compte que j'avais "grandi"... J'étais selon lui devenue une femme.
La douleur fut si vive que j'en perdis connaissance un bref instant. Trop bref. J'aurais voulu hurler, le pousser mais la force me manquait. Alors je pleurais. Je n'ai depuis, plus jamais cessé de pleurer...
Je me suis enfuie le lendemain de cette nuit là. Mais les gens d'armes m'ont retrouvée et rendue à ma "famille". Pour ma punition, je fus enfermée dans la cave durant un mois. Il faisait si noir et chaque jour je pensais qu'on m'y oublierait et que je mourrais de faim. Mais le père se rappelait où j'étais, il m'apportait du pain et prenait ce qu'il pensait être son dût. Je le distinguais à peine dans la pénombre mais je sentais son odeur nauséabonde, son haleine fétide, son poids sur moi. Ce que j'aurais voulu qu'il me tue à chaque fois...

Puis ce fut au tour de Bertrand... Il ne le voulait pas, mais il était "puni". Il avait osé montrer de l'intérêt envers la fille des voisins et pour se moquer du timide Bertrand et se venger de moi, la mère le força à me prendre. Elle le battit si violemment devant son refus que je l'ai cru mort. Puis il finit par se résoudre à obéir. Il pleurait lui aussi. Il ne fut plus jamais le gentil et timide Bertrand...avec eux du moins. Il essayait de fuir et de m'emmener avec lui, mais j'avais trop peur d'être reprise. Et je ne pouvais pas laisser Cradouille, ma nouvelle petite soeur. C'était à moi de la protéger comme Marguerite l'avait fait pour moi, elle était si petite et innocente.

Il y a quelques mois je suis tombée malade. Je vomissais sans même manger, la tête me tournait sans être allée au soleil, je n'allais pas très bien. Mon ventre gonflait et la mère comprit. Elle me frappa si fort que j'en tombais au sol. Quand je me suis relevée, elle me poussa violemment du haut de l'échelle qui reliait les chambres à la cuisine m'assommant au contact du sol. A mon réveil, la douleur dans mon ventre était lancinante et le sang entre mes jambes ne cessaient de couler. Comme Marguerite j'allais mourir. Cradouille et la Cruche restèrent à mon chevet, et malgré mon désir d'en terminer avec cette existence tragique, je survécus.

Et alors que je n'y croyais plus, un homme allait entrer dans ma vie. Pourrais-je lui faire confiance ? Je l'ignore. Peut-être avec le temps. Mais du temps en aurais-je ? Du temps avec lui je veux dire, ou alors j'irais dans une nouvelle famille. Une bonne famille, il l'a promis !
Quand il est arrivé chez nous je me suis cachée comme à mon habitude. Les gens me font peur et je sais que je leur fais peur aussi. Il venait pour Cradouille. Lui voulait-il du mal ? Non, il voulait l'aider. Nous aider. Il a dit que ce que nous vivions ici était mal alors il a voulu nous emmener pour que plus jamais nous subissions les insultes, les coups, la famine et...le reste. Jamais je ne saurais dire ce mot, il est coincé dans ma tête lui aussi et dans mon coeur qu'il retourne aussi vivement que mon estomac, alors c'est comme ça que je l'appelle pour ne pas vomir, le "reste".

Ailleurs, dans cette grande et belle maison, la plus belle que j'ai jamais vu, un manoir comme j'ai entendu qu'on appelait ça, on nous a lavé, ce qui m'a fait très peur, mais on ne m'a pas forcée, j'ai eu le droit de le faire toute seule, on nous a soigné, là aussi j'étais terrorisée, mais la jolie dame rousse, Athénaïs qu'elle s'appelle, la Reine je crois qu'ils ont dit, elle n'a pas lâché ma main et elle essuyait mes larmes en me parlant doucement quand le médicastre me touchait. Il ne me voulait pas de mal, juste m'aider. Et ici on nous a nourrit... Oh pas des restes comme à la ferme, où nous devions partager entre nous ce que le père ne voulait plus, non, de la vraie nourriture, ce que c'était bon. J'aime bien être ici. Mais Ella est partie et elle me manque. Heureusement notre sauveur est là et il essaie de converser avec moi. Il m'a même achetée un livre, pour moi, c'est la première fois que l'on me fait un cadeau, je m'inquiétais parce-que je ne sais pas lire, mais ce sont des images pour apprendre à faire des gestes pour qu'on me comprenne. Je parlerais maintenant, à ma façon, mais je parlerais.

Je pourrais dire merci au père O'Leary pour tout ce qu'il a fait pour nous, pour moi. Il m'a fait le plus beau cadeau de la Terre, non pas le livre, ni sa générosité, sa gentillesse, ni le fait qu'il reste avec moi jusqu'à ce que je m'endorme et qu'il revient si je me réveille d'un cauchemar, ni parce-qu'il ne me touche pas si je n'en ai pas envie non, le plus beau cadeau qu'il m'ait fait c'est de m'avoir donnée un prénom. Plus de Jeanne ou un truc du genre Sans Nom, plus d'Idiote du village, plus de Débile, la Muette ou Pipelette Bernier, ni de Petite Traînée, non aujourd'hui je m'appelle Marie. MARIE !
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Re: [RP]Je suis Marie !

Message  Kaeran O'Leary le Lun 1 Juin - 21:49

Le temps était passé. A force de recherches, il avait réussi à trouver des artisans qui acceptaient de prendre les jeunes orphelins sous leur aile et de leur apprendre un métier. Olivier serait ébéniste, Michel et Georges, les inséparables, voulaient travailler dans le bâtiment et Jules voulait être maréchal ferrant. Quant à Bertrand, il avait pris la fuite après avoir volé l'argenterie qui se trouvait au Manoir de la Reine. Les filles quant à elles étaient plus jeunes et c'était déjà plus difficile. Il demanda à la Reine s'ils n'avaient pas besoin d'une jeune apprentie pour la petite Madeleine qui semblait adorer faire de la pâtisserie. Nadine, malheureusement, n'avait pas survécu à ce début de grossesse... Restait Anne-Lise pour laquelle ils trouvèrent une famille et enfin Marie...

Cela faisait à présent deux mois qu'elle était chez lui à attendre qu'une famille ou qu'un artisan accepte de s'occuper d'elle, en vain...Mais il ne désespérait pas. Il faisait en sorte de lui apprendre différentes façons de communiquer afin qu'un jour elle puisse faire quelque chose de sa vie. Doucement, elle apprenait à lire et à écrire et à parler un langage spécifique aux gens atteints de mutisme ou de surdité dont parlait un chercheur espagnol dans son livre.

Malgré ses efforts, il n'y avait rien à faire. La jeune fille restait, inlassablement, dans son petit presbytère, à ses côtés. Il fallait dire qu'outre son handicap, elle était assez sauvage. Au début, quand il ne la connaissait encore qu'à peine, elle fuyait dès qu'il approchait. Au fil du temps, il avait finit par comprendre cette réticente et l'avait fait "parler" par différents biais.

Finalement, il s'était attaché à cette jeune fille, en oubliant parfois qu'il serait préférable pour elle qu'elle ait sa vie ailleurs et qu'elle apprenne un vrai métier plutôt que d'assister un prêtre lors de ses offices ou de passer son temps à lui préparer ses repas ou faire son linge. Il en était gêné. Elle n'était pas là pour être sa bonne mais elle tenait à le faire alors, il l'aidait afin qu'elle n'ait pas tout à sa charge.

Il ne pensait pas qu'elle resterait aussi longtemps et son installation était donc restée assez sommaire. Il lui proposa alors d'aller faire le marché ensemble afin qu'ils aillent acheter quelques petites choses pour sa chambre et une nouvelle tenue afin qu'elle puisse être présentable s'ils devaient sortir. Le prêtre n'était pas bien riche mais la seule et unique robe que Marie avait encore du temps des Bernier était dans un sale état et celle qu'il lui avait donnée entre temps ne pouvait suffire. Une troisième tenue ne serait pas de trop.


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